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galet Soirée débat avec les EDC : Fragilités : obstacles ou enrichissements pour nos entreprises ? »

« Fragilité » et « entreprise » ne sont pas des mots habitués à se côtoyer. Et pourtant, devant une centaine d’auditeurs, pour la plupart en situation de direction, trois chefs d’entreprise ont témoigné de leurs propres fragilités, et ont montré comment elles étaient source d’enrichissement pour les entreprises. Cette soirée débat était organisée à Saint-Etienne par les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens de la Loire et la Chambre de Commerce Industrie et Services de Saint-Étienne Montbrison le 4 juin 2013.

Florence Poivey, présidente d’Union Plastic, reconnait qu’elle a dirigé une entreprise sans l’avoir cherché. Au début, pas préparée au management et à l’entreprenariat, elle avoue sa peur aux salariés : « je ne sais rien, donc je compte totalement sur vous ». Leur faire confiance a révélé en chacun d’eux un formidable espace de responsabilité, un espace pour exister. Toujours dans cet esprit, elle décide un jour de monter un projet qui fédère toute l’entreprise : participer au Marathon de New York ! Et c’est ainsi que toute l’entreprise se prépare pendant plusieurs mois. Florence Poivey n’aime pas spécialement courir, mais elle s’entraine quand même, pour montrer l’exemple. Et c’est ainsi qu’elle finit la course, dans les dernières. « Je me suis mis en situation de faiblesse, et cela a permis aux autres de se réaliser ».

Gontran Lejeune dirige une entreprise de volailles au moment de la grippe aviaire. La société s’enfonce alors dans une situation catastrophique, mais Gontran Lejeune « joue le fort ». En réalité, il ne sait plus quoi faire, et le confie à un ami. Cela provoque alors un électrochoc en lui quand Il lui dit : « mets-toi en action, bouge ! » Le dirigeant convoque dès le lendemain les salariés, tétanisés par la peur d’être licenciés. « J’ai décidé de ne pas licencier, mais réveillez-vous, car sinon nous allons au dépôt de bilan » leur dit-il. J’ai compris alors la force de l’engagement collectif : quantités d’initiatives ont fusé, de tous les corps de métier, pour redonner souffle à l’entreprise. « Afficher sa fragilité, ce n’est pas une tare » affirme Gontran Lejeune.

Bruno Maurin dirige une menuiserie d’une vingtaine de personnes, quand il est immobilisé plusieurs mois par un accident. Lui-même en situation de fragilité, il se rend compte que c’est une force pour l’entreprise. Les collaborateurs s’auto-organisent, ils sont désinhibés. Mais son retour est difficile. Au bout de quelques mois de réflexion, Il décide de vendre cette menuiserie qu’il avait reprise dix ans plus tôt.

Intégrer des personnes en situation de fragilité

Deux des trois témoins ont également expliqué comment ils avaient intégré dans l’entreprise des personnes en situation de fragilité. Pour Florence Poivey, c’est suite à un coup de cœur. Nommée marraine du sport adapté aux personnes handicapées psychomoteurs, elle décide de recruter 8 personnes handicapées par le biais d’un ESAT [1] pour travailler dans les ateliers. Après quelque temps d’adaptation, elle constate que les personnes valides ont retrouvé le sourire. Elle entreprend plus tard un deuxième grand projet d’entreprise à la suite d’un défi lancé par une personne handicapée : faire l’ascension du Kilimandjaro. Et là encore, il se passe quelque chose d’extraordinaire : ce sont les personnes ayant d’énormes difficultés à se déplacer qui sont moteurs, qui donnent l’impulsion. Et tout le monde se sent obligé de tenir, de terminer les derniers mètres de l’ascension, manifestant courage et persévérance.

Bruno Maurin a choisi de faire travailler des jeunes en échec scolaire, par le biais d’une école de production, l’AFEP [2], auprès de laquelle il passe régulièrement commande. Les jeunes fabriquent des pièces selon les mêmes méthodes que dans une entreprise, encadrés par des professionnels. Et en parallèle, ils apprennent les matières théoriques (mathématique, français), grâce aux talents pédagogiques de personnes bénévoles. Florence Poivey peut dire à l’issue de son expérience, qu’exprimer sa fragilité aux autres, dire « j’ai besoin de toi », est un puissant moteur de révélation des possibilités de l’humanité. Le mot de la fin sera donné par le philosophe Thomas Bourgeois : tout l’enjeu de l’entreprise, c’est de laisser une place à la confiance et à l’estime réciproque.

Chantal de Rosemont

Les participants

  • Florence Poivey (présidente d’Union Plastic. présidente de la Fédération française de la plasturgie)
  • Gontran Lejeune (président national du CJD (Centre des jeunes dirigeants 2008/2010
  • Bruno Maurin (président de Brunon Menuiserie).
  • Débat modéré par Thomas Bourgeois, agrégé de philosophie, animé par Anne-Marie Vergnon, directrice de RCF saint-Étienne.


[1] ESAT : Etablissement et Service d’Aide par le Travail

[2] AFEP : Association Forézienne d’Ecoles de Production www.afep.org




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Publié le : 22.06.2013 16:12