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galet Soigner la tuberculose en Corée du Nord

Le père Christophe Bérard des Missions étrangères de Paris, prêtre du diocèse de Saint-Etienne, missionnaire en Corée du Sud, participe tous les six mois à une expédition en Corée du Nord, le pays le plus fermé du monde, avec l’association Eugene Bell, afin d’apporter des soins aux personnes atteintes de tuberculose multi-résistante.

L’ONG Eugene Bell sauve des vies dans le pays le plus fermé du monde depuis deux décennies. Un véritable exploit, alors que l’isolement du régime de Pyongyang s’aggrave.

Comment venir en aide à l’une des populations les plus isolées et les plus opprimées du monde  ? C’est ce défi peu ordinaire que relève depuis vingt ans l’ONG Eugene Bell  : deux fois par an, ses équipes se rendent en Corée du Nord pour diagnostiquer et délivrer des médicaments aux patients atteints de tuberculose multi-résistante. Cette infection qui se propage notamment dans les poumons en toussant, en éternuant ou simplement en parlant, tue plusieurs millions de personnes chaque année dans le monde.

« La tuberculose est le problème sanitaire le plus grave en Corée du Nord », explique le Dr Stephen Linton, président et fondateur de l’ONG basée à Séoul, en Corée du Sud. « La maladie se transmet par voie aérienne. Chaque année, 100 000 Nord-Coréens sont traités pour la tuberculose  ; 4 % d’entre eux sont atteints par des souches si virulentes qu’elles résistent aux médicaments habituels. »

Une équipe de soins œcuménique

C’est à ces 4 % que se dédie le Dr Linton, descendant d’une célèbre famille de missionnaires protestants établis en Corée depuis plusieurs générations. Si les ONG autorisées par le régime à se rendre au Nord sont rarissimes, lui et son équipe parviennent tous les six mois à visiter 12 centres de soins situés dans plusieurs provinces.

« Nous sommes une équipe œcuménique », explique le P. Christophe Bérard des Missions étrangères de Paris, prêtre du diocèse de Saint-Etienne qui participe depuis 2012 à cette aventure humanitaire. « Il y a parmi nous des protestants, des catholiques, des non-croyants. Nous travaillons tous ensemble au service des plus pauvres. »

Départ de la capitale Pyongyang le matin à 5 heures, retour dans la nuit, risques de contagion  : ces voyages de plusieurs semaines sont éprouvants et dangereux. « Sans Eugene Bell, les malades ne recevraient pas de traitement et mourraient, témoigne le P. Bérard, responsable des analyses effectuées sur place. On sauve des vies au sens propre. » La forme multi-résistante de la tuberculose exige en effet des médicaments spécifiques et très coûteux, environ 5 000 dollars par malade.

Des hôpitaux insuffisants

L’ONG parvient à soigner 1 500 Nord-Coréens par an. « Cela ne représente que 20 % des malades », souligne, amer, le Dr Linton. « C’est un simple problème de financement. Techniquement, c’est possible de soigner tout le monde. »

Il met en avant l’excellent taux de guérison de ses patients  : 76 %, à comparer au taux moyen de 48 % ailleurs dans le monde. Les dons majoritairement privés et sud-coréens proviennent des églises, des individus et des entreprises. L’identité des donateurs est affichée sur chaque caisse de médicaments donnée de la main à la main aux patients.

De façon surprenante, l’origine souvent confessionnelle de cette assistance ne pose pas de problème à un régime nord-coréen qui s’oppose pourtant violemment à toute pratique religieuse. « C’est parce que les autorités ont compris la gravité de la crise sanitaire et parce que nous nous tenons à l’écart de la politique, précise Stephen Linton. Notre rôle n’est pas de changer la société nord-coréenne mais d’aider les plus vulnérables. » L’ONG souhaite à présent construire des nouveaux centres de soins pour pouvoir soigner plus de Nord-Coréens.

Les hôpitaux existants sont délabrés et n’ont pas assez de lits. « À chacune de nos visites, il y a plus de patients », constate Stephen Linton.

Une aide à l’avenir incertain

La mission de Eugene Bell est mise en péril par un contexte géopolitique de plus en plus tendu. Depuis son essai nucléaire de janvier et son tir de missile balistique de février, le régime est frappé par de nouvelles sanctions internationales.

La Corée du Sud, excédée, a mis en place ses propres mesures punitives et envisage même d’interdire toute assistance humanitaire au Nord. Chaque départ pour Pyongyang se fait plus incertain. « J’ai souvent envisagé d’abandonner », reconnaît le docteur Linton, en évoquant les innombrables obstacles dressés sur sa route depuis vingt ans. Des obstacles qui n’ont pour l’instant pas ébranlé sa détermination.

Frédéric Ojardias

Article extrait du site de la croix.com





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Publié le : 04.04.2016 14:14 - Mis à jour le : 05.04.2016 11:19