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galet Roms : "des solutions existent" interview de Christophe Sauvé

Camps de fortune, expulsions par les forces de l’ordre, familles à la rue, à Saint-Etienne comme ailleurs, les Roms font, bien malgré eux, la Une des médias. Pour tenter de mieux comprendre ce fait de société, le groupe Roms solidarité du diocèse a proposé au père Christophe Sauvé d’aborder le thème "Les Roms en France et en Europe, un avenir à construire ensemble ?" lors d’une conférence tout public à Saint-Etienne.

Christophe Sauvé, est prêtre du diocèse de Nantes et vice président national de l’association des gens du voyages. Il est né dans une familles d’origine manouche [1]

Au micro de RCF, le père Louis Tronchon a interviewé Christophe Sauvé

Louis Tronchon : Les Roms, on en parle souvent, et de manière fort désagréable. Ce qui se passe en cette rentrée vous surprend-il ?

Christophe Sauvé : « Cela ne me surprend pas ! Quands les médias parlent de nous, c’est pour nous cataloguer dans les faits-divers et je dirais, dans les faits-divers de la marginalité. C’est une continuité dans notre histoire. En période de crise, les peuples tziganes ont toujours été les boucs émissaires de toutes ces crises. Et aujourd’hui, dans les consciences de notre pays, les Roms sont encore les boucs émissaires de beaucoup de problèmes. On stigmatise les Roms et on les accuse de maux que nous n’arrivons pas à régler ».

Photo Eglise de Saint-Etienne n°482

Louis Tronchon : Les politiques ne sont-ils pas en train de perdre de leur légitimité en n’abordant pas de front le problème de la place des Roms dans l’Europe, se contenant d’une solution policière répressive face à un vrai problème humain ?

Christophe Sauvé : « Je ne connais les institutions politiques de Saint-Etienne que par la presse mais je retrouve une situation que nous avons connue il y a cinq ans à Nantes où nous sommes face à un mur, sans possibilité de dialogue. C’est une question qui dérange beaucoup et qui amène à prendre des décisions, et parfois des risques politiques.
Aujourd’hui, le gouvernement a donné des outils aux politiques locaux (maires et préfets) par le biais de la formulaire du 26 août 2012. Ils peuvent aussi s’appuyer sur l’aide technique d’Alain Régnier, délégué interministériel pour l’hébergement au logement des personnes sans abri ou mal logées. Cette formulaire invite à construire un moratoire pour analyser la situation et peut-être suspendre les expulsions sans solution. Avec le conseil permanent de l’Eglise, nous encourageons à entreprendre des efforts pour réfléchir à des solutions d’accueil pour les Roms. Tous doivent se mettre autour de la table : les collectivités locales, la communauté urbaine, l’Etat, les association tout en veillant à y associer les familles Roms afin qu’elles puissent préciser quels sont leur projet, ici, en France ».

SE METTRE AUTOUR DE LA TABLE et TROUVER DES SOLUTIONS

Louis Tronchon : A Nantes, des réalisations concrètes ont permis de faire avancer les choses ?

Christophe Sauvé : « A Nantes en effet, nous avons été confrontés au même problèmes d’expulsion sans solution. Nous avons réussi à établir un dialogue citoyen avec les collectivités locales et le président de Métropole - aussi maire de Nantes. Cela a permis d’aménager un terrain avec des constructions d’habitats sécurisés (mobil homes, caravanes/cuisines) suivi d’un accompagnement social en lien avec le Conseil général et une association pour aider les familles à se responsabiliser et prendre part dans le projet. J’ai souhaité également qu’il y ait un interprète car c’est important que les Roms puissent bien comprendre les enjeux qui se jouent autour d’eux et qu’ils puissent préciser leur demande tant au niveau de l’emploi, de la santé ou de l’école. Nous avons rédigé une Charte de vie sur ce terrain en roumain, français et romani, de même que nous avons veillé à ne pas mélanger n’importe comment les dialectes pour respecter les coutumes et les traditions. En prenant le temps de faire cela, on peut apprendre à "Vivre ensemble" et à se confronter au système de vie de la société française et européenne.
Mais si nous trouvons des solutions d’accompagnement et de logements pour les Roms européens - romains et bulgares, veillons aussi à trouver des solutions pour les gens du voyage français qui sont ici depuis plusieurs siècles et qui sont dans nos villes depuis 70/80 ans sans solution. Il faut accompagner ce dossier en parallèle pour qu’il y ait des signes d’espérance citoyenne pour les deux communautés humaines ».

UN EXEMPLE DE RÉUSSITE

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Christophe Sauvé : « Prenons l’exemple formidable d’une petite commune d’Indre sur Loire de 4000 habitants. Le maire découvrant un matin sur sa commune l’installation de 52 familles Roms dans des caravanes délabrées, décide de ne pas les expulser. Cette décision a permis d’ouvrir le débat. Il y a eu des pour et les contre mais au moins il y a eu de la concertation et de la solidarité. Aujourd’hui, j’ose dire que c’est une réussite parce que le maire a convaincu d’autres élus d’accueillir ces familles Roms lui-même en en gardant sept sur sa commune. A ces familles, il a proposé de participer activement à l’entretien de leur mobil home, au loyer, à leur fluide, à la question de l’alphabétisation, au travail, à la scolarisation de leurs enfants. Avec de bonnes volontés, on peut y arriver, à Saint-Etienne comme ailleurs. Ensemble, osons lever les barrières ! » (au micro de RCF)

NON PAS UNE MAIS PLUSIEURS SOLUTIONS

Christophe Sauvé : « Il n’y a pas une mais des solutions. Leur dossier doit être traité au cas par cas. Certaines familles sont là pour s’installer durablement en France, d’autres sont de passages pour des raisons de santé, d’autres pour économiser un peu d’argent qui servira à améliorer leur habitat en Roumanie. Il faut que l’Etat mette en place une structure avec des travailleurs sociaux qui mènent les Roms vers le droit commun. C’est une question de volonté humaine et politique » . (Christophe Sauvé - Le Progrès, édition du jeudi 4 octobre 2012).

Père Philippe Brunel : « Pas d’expulsion avant qu’une solution ne soit trouvée »

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Père Philippe Brunel /©Le progrès

Le père Philippe Brunel a fait le choix d’accueillir sept familles (soit une quarantaine de personnes), sur le terrain de l’église de Montplaisir à la suite de leur expulsion du quartier du Soleil. Il justifie son choix en disant : « en tant que prêtre, je suis très attaché à la paix, y compris à la paix sociale car je considère qu’il est inutile de rajouter à la crise qu’on vit un trouble de l’ordre public. Je comprends d’ailleurs très bien la réaction des habitants et des nos voisins mais je ne peux plus supporter qu’on expulse sans arrêt des hommes, femmes et enfants sans leur trouver des solutions. Ils vont d’un lieu à l’autre et cela crée à chaque fois un désordre important. En faisant le choix de les accueillir, j’ai voulu dire stop, on fait une pause et on va en profiter pour se mettre autour de la table et appliquer la nouvelle circulaire du mois d’août. On a là un outil pour sortir de ce cercle inhumain et qui propose aussi des moyens financiers aux collectivités. Il faut l’utiliser. On a tous à y gagner car on ne peut continuer ainsi à jouer avec le feu. La situation est grave. Je ne donnerai pas mon accord pour une expulsion sans qu’une solution soit trouvée pour ces familles mais la paroisse n’assumera pas à elle seule les responsabilités qui relèvent de l’Etat. Ce que j’offre à cette population est très limité mais par mon action je veux faire avancer les choses. Je rappelle que j’applique tout simplement la position de l’Eglise de France qui s’est ouvertement impliquée pour que les pouvoirs publics travaillent sans relâche à l’insertion des Roms. Edition du Progrès - dimanche 14 octobre 2012

Frédérique Défrade

A propos de la circulaire du 26 août 2012

La circulaire « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites » a été publiée le 26 août 2012. Elle a pour objectif de guider les préfets dans leur travail d’évacuation des campement illicites.
La circulaire rappelle la nécessité « d’assurer un traitement égal et digne de toute personne en situation de détresse sociale ». La solution préconisée est l’anticipation des solutions : il s’agit de chercher des solutions pour garantir la continuité de la scolarisation, du logement et de l’accès aux soins le plus tôt possible.
La circulaire encourage ainsi les préfets à mettre à contribution les associations et les partenaires locaux dès l’installation illégale de campements, afin d’évaluer la situation sanitaire et sociale des habitants des camps, et de trouver des solutions avant que la décision de justice ne soit prise et que le camp soit évacué.
L’objectif doit être la continuité de l’accès aux droits, en ciblant prioritairement les personnes les plus fragiles (les enfants notamment). Dans ce sens, la circulaire apporte un certain nombre de précisions, et cite les partenaires locaux qui pourront contribuer à trouver des solutions pour les Roms en cas d’évacuation des camps.



[1] Les Roms sont également désignés par d’autres mots : Gitans, Tsiganes (ou Tziganes), Manouches, Romanichels, Bohémiens, Sintis.




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Publié le : 24.10.2012 14:50