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galet Repères éthiques à propos du projet de loi concernant le « mariage pour tous : interview de Thierry Magnin

Dans le cadre de l’invitation de la Conférence des Evêques de France aux communautés catholiques, une matinée de réflexion et de débat sur les enjeux fondamentaux de la loi sur « le mariage pour tous » a eu lieu le samedi 23 mars 2013 à la Maison Saint Antoine. Le Père Thierry Magnin, prêtre du diocèse de Saint Etienne - recteur de l’Université Catholique de Lyon a apporté un éclairage éthique sur ce projet de « réforme de civilisation ».

L’intervention du Père Thierry Magnin était précédée de quatre interventions brèves qui situaient dans le concret les enjeux des débats actuels :

  • La première assurée par un juriste
  • La seconde par un membre du groupe de dialogue avec la LGBT
  • La troisième par une ancienne conseillère conjugale
  • La quatrième par une spécialiste de la PMA

Cette matinée a été préparée par une équipe de laïcs de mouvements différents autour du Père Louis Tronchon.

Trois questions à Thierry Magnin

Ce projet de loi fait couler beaucoup d’encre, il bouscule la société, les opinions divergent et s’expriment avec vigueur. A côté de cela beaucoup de personnes ont des difficultés à s’exprimer à ce sujet, à votre avis pourquoi ?

Thierry Magnin Le projet du mariage pour tous, que l’on pourrait penser uniquement destiné aux homosexuels, touche en fait aux racines d’une institution civile majeure de la société : le mariage. Et par là-même la cellule familiale et la filiation. De plus, la question de l’homosexualité, dans l’Eglise et même dans certaines parties de la société, reste encore relativement « taboue », même si sa prise en compte a progressé. Il reste beaucoup de non-dits à ce sujet qui peuvent être cause des difficultés à s’exprimer sur le projet de loi ou au contraire cause de réactions affectives peu étayées dans un sens ou dans un autre. Enfin, la dénomination « mariage pour tous » est ambigüe car elle semble fixer son argument sur une question d’égalité qui peut conduire à masquer à priori les différences homme/femme, comme dans la théorie du gender. La question de l’égalité dans la différence reste difficile à envisager. Les manifestations « pour ou contre le mariage pour tous » sont l’expression d’une réaction par rapport à cette idée de l’égalité nécessaire entre les individus mais à articuler avec les différences.

Sans dévoiler le contenu de la conférence débat du 23 mars prochain, mais justement pour donner envie d’y aller, comment apporter un éclairage sur les conséquences de l’adoption par les couples de même sexe et sur l’assistance médicale à la procréation.

Beaucoup de personnes sont d’accord pour une « union civile » pour les couples de même sexe mais la question de l’adoption et celle de la PMA sont beaucoup plus polémiques. Nous regarderons qu’est-ce que ces questions viennent toucher comme fondamentaux. Nous partirons aussi d’une constatation : autant le mariage et l’adoption par les couples de même sexe font débat chez les psychologues, autant une très grande majorité d’anthropologues ont déjà conclu leur accord avec ces perspectives. Pourquoi une telle différence de comportements, à partir de quels arguments ? Nous situerons alors dans ce concert les arguments anthropologiques de l’Eglise catholique et les mettrons en débat de société.
Pour ce qui est de la procréation médicalement assistée, nous en discuterons également en termes de désir d’enfant et de droit de l’enfant et nous tenterons de donner des points de repère éthiques en ce domaine, avec un regard de chercheur et non de juge.

Pour tous ceux qui ont une mission dans l’Eglise, pour une paroisse, dans un mouvement, un service diocésain, ces sujets sont complexes et nécessitent d’y voir clair. L’Eglise reste relativement silencieuse sur les questions d’orientation sexuelles. Comment être témoins de l’amour du Christ pour chacun d’entre nous dans le respect des différences ?

Deux points à ce sujet :
1 - autant l’Eglise catholique prône un accueil bienveillant des personnes homosexuelles, autant elle continue de considérer l’homosexualité comme une « dépravation grave ».
2 - Par ailleurs, on rencontre des personnes homosexuelles racontant qu’elles n’y sont pour rien de l’être, qu’elles ont même parfois lutté contre, avant d’aboutir à la constatation « qu’elles sont comme ça. » C’est devant de tels écarts que nous pouvons réfléchir à la manière d’être témoins de l’amour du Christ pour tous dans le respect des différences et dans l’accueil de situations qui nous dérangent et que nous avons beaucoup de mal à comprendre car elles nous renvoient aussi à nos propres comportements. Il ne s’agit pas ici de faire preuve d’une tolérance molle mais d’un réel accueil des autres dans une égalité de regard qui prend en compte les différences. Sans oublier qu’une société qui se veut égalitaire ne peut pas ne pas regarder avec soin les conséquences de ses choix en termes de promotion de la famille dont beaucoup continuent de penser qu’elle est la cellule de base de notre société.

Propos recueillis par Chantal de Rosemont





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Publié le : 21.03.2013 11:35 - Mis à jour le : 25.03.2013 09:12