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galet Pourquoi fêter la Nativité de Saint Jean Baptiste ?

Un office des vigiles de la Nativité de saint Jean-Baptistea été célébré samedi 23 juin 2012 à 21 h 30 à la Grand’Église de Saint-Etienne.
Mais pourquoi fêter la nativité du Précurseur. Un dossier proposé par la paroisse Saint-Etienne.

La nuit de la Noël d’été

L’appellation particulière et traditionnelle de la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste fut pendant longtemps la « Noël d’été », à la date du 24 juin. Cette date, pendant cosmique exact de la date de Noël, est particulièrement favorable à une célébration liturgique mais aussi populaire ; si bien que l’Église et la société civile l’ont fêtée avec faste pendant des siècles.

Le prestige de saint Jean Baptiste et la fête de sa nativité

La liturgie s’applique donc d’une manière spéciale à célébrer la gloire particulière de Jean le maior inter natos mulierum : le plus grand de ceux qui sont nés d’une femme (Cf. Lc 7,28). Alors qu’on célèbre seulement le jour du trépas des autres saints, on fête le jour même de la naissance de Jean rendant hommage au Précurseur dans son berceau.

Autrefois : une fête liturgique, et aussi une fête civile

Après la rigueur de l’hiver, les nuits de juin offraient une occasion de ferveur populaire dans l’allégresse, qui est le caractère propre de cette fête. A peine s’éteignaient les derniers rayons de l’astre du jour, que du fond de l’Orient jusqu’à l’extrême Occident, sur la surface du monde entier, d’immenses jets de flammes s’élançaient des montagnes, et s’allumaient soudain par toutes les villes, dans chaque bourgade, dans les moindres hameaux.

Les feux de la saint Jean

C’étaient les feux de la saint Jean : témoignage authentique, sans cesse renouvelé, de la vérité des paroles de l’ange et de la prophétie annonçant cette joie universelle qui devait saluer la naissance du fils d’Élisabeth. L’organisation de ces réjouissances relevait des municipalités qui en portaient tous les frais. Aussi le privilège d’allumer les feux était-il réservé, d’ordinaire, aux premiers personnages de l’ordre civil. Les rois eux-mêmes, prenant part à la joie de tous, et tenaient à honneur de donner ce signal d’allégresse à leurs peuples, comme Louis XIV, en 1648 en allumant publiquement le bûcher. En certains lieux, la roue ardente, disque enflammé tournant sur lui-même et parcourant les rues des villes ou descendant du sommet des montagnes, représentait le mouvement du soleil qui n’atteint le plus haut point de sa course que pour redescendre aussitôt ; elle rappelait la parole du Précurseur au sujet du Messie : Il faut qu’Il croisse et que moi, je diminue. Jean 3,30

L’office solennel de nuit au Moyen âge

Après les fameuses vigiles de Pâques et de Noël il n’y a pas dans toute l’Église, à Rome et ailleurs, de nuit plus populaire que celle de la saint Jean. Quand la cloche annonce l’office de la nuit, les fidèles, en grand nombre, se rassemblent dans la spacieuse basilique du Latran, en présence du pape, pour s’unir à la louange de l’Église et célébrer les merveilles que le Christ lui-même, par la vertu de sa grâce, a fait s’accomplir en la personne de son Précurseur. Le roi franc lui même au XIème siècle, cette nuit là, se faisait un devoir de prendre part à la prière nocturne des moines de l’abbaye de Fleury (Saint Benoît sur Loire).

Cet office solennel chanté le samedi 23 juin 2012 au soir à la Grand Eglise (21h30) était composé, au Moyen-âge comme aujourd’hui, de trois nocturnes :

Le 1er nocturne : Jean Baptiste préfiguré par Jérémie

C’est surtout dans le prophète Jérémie que l’Église retrouve le plus volontiers les traits du saint Précurseur. Aussi juge-t-elle convenable de lui faire une large place dans l’office de nuit du 24 juin. La voix mystérieuse du prophète se fait entendre d’un bout à l’autre du premier nocturne, dans les antiennes et les leçons. Jérémie, qui est lui aussi d’origine sacerdotale, prophétise Jean-Baptiste par sa propre naissance, car il sort du sein maternel déjà sanctifié par la grâce divine. Il le préfigure dans tout le reste de sa vie, et plus particulièrement dans le martyre qu’il endure pour les droits de la justice et de la vérité. Il l’annonce jusque dans l’accomplissement de sa mission qui fut d’arracher, détruire, édifier et planter, comme celle de Jean consistera plus tard à aplanir, redresser, combler et préparer les voies du Seigneur. Enfin si Jean-Baptiste surpasse tous les prophètes, nous savons bien qu’avant lui, il n’y eut pas de prophète plus grand que Jérémie. Voilà pourquoi nous croyons entendre le Précurseur rendre témoignage de lui-même dans tout ce passage dont l’Église nous donne lecture au premier nocturne : "La parole du Seigneur me fut ainsi adressée. Avant de te former dans le sein de ta mère, Je t’ai connu ; et avant que tu sortisses de ses flancs, Je t’ai sanctifié et Je t’ai établi prophète des nations. Et je dis : Ah, ah, ah, Seigneur mon Dieu, je ne sais pas parler, car je suis un enfant."

Le 2ème nocturne : Lucerna lucens ante Dominum - Flambeau qui lui devant le Seigneur

Nous avons au second nocturne ce très antique et très beau répons (le 6ème), le plus beau peut-être de tout l’office du 24 juin, où saint Jean-Baptiste apparaît dans la plénitude de son rôle d’illuminateur : « Celui-ci est le Précurseur bien-aimé et le flambeau qui luit devant le Seigneur : car c’est bien Jean lui-même qui a préparé la voie au Seigneur dans le désert, montré du doigt l’Agneau de Dieu, illuminé l’esprit des hommes ».

Le 3ème nocturne, au cœur de la nuit, la naissance du précurseur

L’attente de l’Église s’est prolongée pendant la plus grande partie de l’office nocturne ; elle touche à sa fin lorsque commence la troisième veille de la nuit qui doit se clore par le récit de la naissance du Précurseur. Cette lecture constitue l’harmonieux couronnement de tout l’office des vigiles monastiques ; la première des leçons du 3ème nocturne commence par les deux phrases initiales du texte sacré suivies comme toujours de cette même formule : et reliqua. La lecture intégrale de l’évangile du jour n’est faite qu’à la conclusion de l’office et elle l’entoure d’une solennité particulière qui met justement en valeur l’objet du mystère célébré par l’Église. La Règle de Saint Benoît mentionne ainsi : « Une fois cela chanté (c’est-à-dire le Te Deum laudamus), l’abbé lit (comprendre : « chante ») le leçon de l’Evangile avec honneur et crainte, touts étant debout » (chapitre XIème).

Dum medium silentium, au milieu du silence, l’étoile du matin

Il existe un rapport si étroit entre la naissance du Christ et celle de son Précurseur, qu’il paraît tout naturel de supposer que les deux événements se sont accomplis l’un et l’autre au milieu du silence de la nuit. En tout cas, le Sauveur s’étant donné lui-même comme le soleil qui illumine le monde, la tradition a reconnu dans l’étoile du matin, qui annonce le lever du soleil en lui empruntant de son éclat, le symbole gracieux du vrai Lucifer, c’est-à-dire de Jean-Baptiste. Cette comparaison illustre à merveille la doctrine des Pères que nous lisons aux deuxièmes et troisièmes nocturnes ; car, d’après eux, si la sainteté de Jean a brillé d’une si vive lumière, c’est afin que la sainteté du Christ, rien qu’en la surpassant, soit reconnue comme la sainteté d’un Dieu.

D’après dom Guéranger, le cardinal Schuster, et dom Flicoteaux
Dossier proposé par la paroisse Saint-Etienne





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Publié le : 19.06.2012 11:14 - Mis à jour le : 28.06.2012 11:09