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galet Le Président Macron devant les représentants de l’Église :

Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, a reçu, en présence d’ Emmanuel Macron, président de la République, des représentants de l’Etat et de la société civile, lundi 9 avril 2018, au Collège des Bernardins.

Outre des responsables politiques, universitaires, chefs d’entreprise, personnalités de la culture et des médias, ont participé, aussi des personnes porteuses de handicap et d’autres personnes en situation de précarité et de fragilité.

A travers les interventions de membres d’associations en lien avec l’Eglise, en début de soirée, cette rencontre entre l’Église et l’État a été l’occasion d’un dialogue sur la vulnérabilité et la fragilité et de signifier leurs importances. Cet événement a porté une parole positive et a permettra, par la suite, de contribuer à la construction d’un projet de société dans la suite du document « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ».

RCF : Paul Malartre revient sur le discours du Président devant les représentants de l’Eglise

Paul Malartre, chargé de mission auprès des collectivités territoriales et des élus dans le diocèse de Saint-Étienne, revient sur le discours du Président de la République Emmanuel Macron devant les représentants de l’Eglise. Il mesure les impacts de ce discours historique à l’échelle locale.

Discours de Mgr Georges PONTIER à l’adresse des invités à la soirée du 9 Avril 2018 aux Bernardins

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur,
Madame la Ministre auprès du ministre d’État, ministre de l’intérieur,
Madame la Secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, auprès du Premier Ministre
Monseigneur le Nonce Apostolique,
Monsieur le Cardinal,
Monsieur le Vice-président du Conseil d’État,
Mesdames et messieurs les Élus,
Chers amis responsables de culte en France,
Chers confrères,
Mesdames, messieurs, chers amis,

Vous avez répondu positivement à notre invitation et je vous en exprime la reconnaissance des évêques de France, tout particulièrement, à vous, Monsieur le Président de la République. Votre présence nous honore et manifeste les relations anciennes et renouvelées entre l’État et l’Église Catholique. Cette rencontre est inédite et n’a pas nécessairement vocation à être renouvelée annuellement. Nous l’avons proposée dans la période où les catholiques, les chrétiens fêtent la Pâque, la résurrection de Jésus le Christ, la fête la plus importante de l’année, celle qui ouvre un horizon de vie au-delà de la mort à cause de la volonté du Dieu créateur qui aime toutes ses créatures. Nous puisons là une espérance éclairante qui nous amène à une absolue certitude en la dignité de tout être humain créé à l’image de Dieu.

A vrai dire, nous avons tous ici une ambition commune ou une responsabilité partagée : celle de contribuer, chacun selon son statut, à la qualité de la vie commune dans ce pays qui est le nôtre et que nous aimons, la France. Notre pays a apporté sa contribution à l’avancée des idées et à l’avènement de sociétés plurielles. Sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » résonne comme une dynamique sage et porteuse de bonheur, mais aussi comme une tâche toujours à reprendre ou à consolider, tellement la recherche de l’intérêt personnel peut entraver celle du bien commun.

Nous avons voulu que parmi nos invités soient présents certains de nos amis avec lesquels nous cheminons et qui sont marqués par des histoires difficiles et douloureuses. Plusieurs viennent de s’exprimer brièvement mais fortement. Certains pourraient dire que leur histoire est simplement marquée par la vulnérabilité et la faiblesse. D’autres pourraient ajouter que leur vie n’apporte rien ou encore qu’elle n’est que souffrance pour eux-mêmes et leurs proches. Il nous apparaît que regarder en face la fragilité des existences humaines, c’est reconnaître qu’elle n’est pas sans fruits, et que même peut-être elle est à l’origine d’un approfondissement humain, d’un dépassement de soi qui ouvre à du meilleur. La grandeur d’une société se mesure à sa capacité à entourer les plus fragiles de ses membres. Et c’est à cela qu’on peut la qualifier de plus ou moins humaine.

Aujourd’hui la tentation est grande de se servir des progrès scientifiques pour s’assurer une maitrise de l’humain qui éliminerait tout ce qui peut être porteur de fragilités ou d’éventuelles maladies. Le grand débat autour de la révision des lois de bioéthique permet une réflexion commune sur « Quel monde voulons-nous pour demain ? » C’est heureux et on ne peut que vous remercier, Monsieur le Président de la République, de l’avoir favorisé. Dans l’encyclique « L’amour dans la vérité », publiée en 2009, le Pape Benoit XVI offrait au numéro 74 un diagnostic tout à fait éclairant que je me permets de vous proposer : « Un domaine primordial et crucial de l’affrontement culturel entre la technique considérée comme un absolu et la responsabilité morale de l’homme est aujourd’hui celui de la bioéthique, où se joue de manière radicale la possibilité même d’un développement humain intégral. Il s’agit d’un domaine particulièrement délicat et décisif, où émerge avec une force dramatique la question fondamentale de savoir si l’homme s’est produit lui-même ou s’il dépend de Dieu. Les découvertes scientifiques en ce domaine et les possibilités d’intervention technique semblent tellement avancées qu’elles imposent de choisir entre deux types de rationalité, celle de la raison ouverte à la transcendance et celle de la raison close dans l’immanence technologique. On se trouve devant un « ou bien, ou bien » décisif. Pourtant la ‘rationalité’ de l’agir technique centré sur lui-même s’avère irrationnelle, parce qu’elle comporte un refus décisif du sens et de la valeur. Ce n’est pas un hasard si la fermeture à la transcendance se heurte à la difficulté de comprendre comment du néant a pu jaillir l’être et comment du hasard est née l’intelligence. Face à ces problèmes dramatiques, la raison et la foi s’aident réciproquement. Ce n’est qu’ensemble qu’elles sauveront l’homme. Attirée par l’agir technique pur, la raison sans la foi est destinée à se perdre dans l’illusion de sa toute-puissance. La foi, sans la raison, risque de devenir étrangère à la vie concrète des personnes ».

Légiférer en ces domaines ne peut se faire sans être assuré des conséquences de nos choix sur les générations futures. En d’autres domaines, on n’hésite pas à appliquer le principe de précaution. Comment pourrait-il en être autrement quand il s’agit de l’avenir des générations futures ?

Vous le savez, l’Église catholique avec bien d’autres considère la famille comme un des piliers de la vie en société. En elle, s’expérimentent l’accueil inconditionnel de chacun, la fidélité, l’intergénérationnel, les transmissions de valeurs et le soutien en toutes circonstances. Les français plébiscitent la famille parmi les réalités qui leur paraissent essentielles. Leur désir est de former une famille unie, porteuse d’amour et d’affection. Faut-il aujourd’hui permettre que la loi prive des enfants de père ? Cette reconnaissance produirait une inégalité entre les enfants, ouvrirait un grand risque de marchandisation du corps et remettrait en cause le critère thérapeutique actuel, garant que ne se forme pas un grand marché de la procréation. Accueillir une situation quand elle existe n’est pas l’organiser. C’est pourquoi nous soutenons activement les politiques en faveur de la famille. Elles sont un investissement sûr pour le bien de tous et celui de notre pays.

Nous avons déjà des lois récentes sur d’autres sujets essentiels pour la société qui n’ont pas eu le temps de porter leurs fruits et voilà que certains souhaiteraient qu’on légifère encore. Est-ce bien raisonnable ?

Nous nous sommes exprimés déjà sur tous ces sujets et le ferons encore, conscients de notre responsabilité dans la vigilance pour la sauvegarde des droits de l’enfant, pour la défense des plus faibles, de l’embryon au nouveau-né, de la personne ayant un handicap au paralysé, du vieillard à celui qui est dépendant en toutes choses. On ne peut laisser personne seul. Ce sont nos relations, nos affections qui nous permettent de vivre. Il y va, sans nul doute, du caractère humain de nos sociétés et de nos vies, de celui de savoir puiser en soi les forces de la fraternité vécue. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de la solitude ou de l’abandon de celui qui verrait comme une issue enviable, celle de se donner la mort. La société se doit d’offrir des perspectives de vie, d’amitié, de tendresse, de compassion, de solidarité. Les pensées de mort peuvent-elles subsister lorsque s’expriment l’affection des proches, les soins assidus et l’accompagnement qui lutte contre toute douleur ? Peut-on qualifier de « dernier soin » l’acte de donner la mort ? Il y a des limites et des confusions qu’on ne saurait franchir.

Les États Généraux de la bioéthique permettent d’expérimenter le dialogue au sein d’une société devenue de plus en plus plurielle. Dialoguer suppose que chacun puisse s’exprimer et être écouté et que tous sachent vivre le respect, la tolérance, la compréhension mutuelle. Durant le siècle précédent la société française a su trouver les chemins de l’apaisement. Le principe de la laïcité de l’État a permis à la séparation des Églises et de l’État de trouver la juste manière de vivre ensemble dans le respect légitime des différences. Nous ne voudrions pas que les évolutions plus récentes vécues par notre pays entrainent des peurs qui ne verraient de solutions que dans la laïcisation de la société et non plus seulement de l’Etat. L’avenir se bâtira dans la confiance, le respect, l’amour du pays ou alors il s’enfermera dans des rejets dangereux incapables d’offrir une vie paisible et bénéfique pour tous. Ces contextes nouveaux ne doivent pas conduire à se méfier les uns des autres mais à se connaître mieux. Habités par des convictions diverses, en particulier religieuses, nous devons puiser dans nos traditions pour y retrouver le meilleur de ce qu’elles portent : l’amour du frère, l’hospitalité, la fraternité. C’est ce que d’ailleurs souhaitent le plus grand nombre de nos concitoyens. S’agissant des religions, nous expérimentons au plan national la possibilité de la rencontre dans le respect, l’interpellation et l’action commune. Je veux saisir cette occasion pour redire à nos amis juifs que l’antisémitisme est un fléau qu’il nous faut tous combattre sans merci, comme nous l’avons redit lors de l’odieux assassinat de Mme Mireille Knoll.

Récemment les évêques de la Province ecclésiastique de Marseille ont invité des élus de leurs diocèses à un séjour à Rome pour mieux connaître la manière de travailler du Siège apostolique et pour rencontrer le Pape François. Il s’agissait d’un voyage d’étude en quelque sorte. 310 élus, appartenant à des formations diverses et animés par des convictions religieuses différentes, ont vécu ce temps avec bonheur, intérêt et satisfaction. Nous n’avons pas oublié la visite à l’ambassadeur de notre pays auprès du Saint Siège qui a pu nous livrer la manière dont le dialogue se passe entre celui-ci et notre pays. Des relations sont possibles dans le respect de chacun pourvu qu’on reconnaisse à tous le droit d’exister, de se parler et que l’on respecte les responsabilités de chacun. C’est ensemble que se construit une nation, qu’elle vit, s’enrichit, dépasse les clichés et les peurs entretenues. Dans cette société, certains y ont trouvé leur place il y a longtemps, d’autres peinent à s’intégrer. La présence de croyants musulmans dans notre pays n’est pas nouvelle, mais l’Islam est aujourd’hui l’objet de beaucoup de questions et permettez-moi de le dire aussi de soupçons permanents. Nous voulons favoriser tout ce qui permettra une connaissance et une compréhension mutuelles dans le travail que nos amis musulmans ont à faire pour l’organisation de leur communauté.

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Discours du Président de la République devant les évêques de France

Monsieur le Ministre d’Etat,

Mesdames les ministres,

Mesdames, messieurs les parlementaires,

Monsieur le Nonce,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et messieurs les responsables des cultes,

Monseigneur,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des Evêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes.

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.

Pour cela, il n’est pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité.

Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation  ; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir.

L’exemple du colonel BELTRAME par lequel, Monseigneur, vous venez d’achever votre propos, illustre ce point de vue d’une manière que je crois éclairante.

Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée.

Mais dans ce pays de France qui ne ménage pas sa méfiance à l’égard des religions, je n’ai pas entendu une seule voix se lever pour contester cette évidence, gravée au cœur de notre imaginaire collectif et qui est celle-ci : lorsque vient l’heure de la plus grande intensité, lorsque l’épreuve commande de rassembler toutes les ressources qu’on a en soi au service de la France, la part du citoyen et la part du catholique brûlent, chez le croyant véritable, d’une même flamme.

Je suis convaincu que les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme se sont forgés dans ces moments où est vérifiée la valeur réelle des hommes et des femmes. Il n’est pas besoin de remonter aux bâtisseurs de cathédrales et à Jeanne d’Arc : l’histoire récente nous offre mille exemples, depuis l’Union Sacrée de 1914 jusqu’aux résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République, des Pères de l’Europe aux inventeurs du syndicalisme moderne, de la gravité éminemment digne qui suivit l’assassinat du Père HAMEL à la mort du colonel BELTRAME, oui, la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques.

Disant cela, je ne m’y trompe pas. Si les catholiques ont voulu servir et grandir la France, s’ils ont accepté de mourir, ce n’est pas seulement au nom d’idéaux humanistes. Ce n’est pas au nom seulement d’une morale judéo-chrétienne sécularisée. C’est aussi parce qu’ils étaient portés par leur foi en Dieu et par leur pratique religieuse.

Certains pourront considérer que de tels propos sont en infraction avec la laïcité. Mais après tout, nous comptons aussi des martyrs et des héros de toute confession et notre histoire récente nous l’a encore montré, et y compris des athées, qui ont trouvé au fond de leur morale les sources d’un sacrifice complet. Reconnaître les uns n’est pas diminuer les autres, et je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens.

Je suis, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain.

M’aveugler volontairement sur la dimension spirituelle que les catholiques investissent dans leur vie morale, intellectuelle, familiale, professionnelle, sociale, ce serait me condamner à n’avoir de la France qu’une vue partielle  ; ce serait méconnaître le pays, son histoire, ses citoyens  ; et affectant l’indifférence, je dérogerais à ma mission. Et cette même indifférence, je ne l’ai pas davantage à l’égard de toutes les confessions qui aujourd’hui habitent notre pays.

Et c’est bien parce que je ne suis pas indifférent, que je perçois combien le chemin que l’Etat et l’Eglise partagent depuis si longtemps, est aujourd’hui semé de malentendus et de défiance réciproques.

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Publié le : 17.04.2018 09:01 - Mis à jour le : 19.04.2018 15:28