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galet Jean-Pierre, le dernier moine de Tibhirine témoigne

Rescapé de la tuerie de 1996, il n’avait jamais parlé depuis la mort des moines de Tibhirine. Il a accepté de se confier en exclusivité pour Le Figaro Magazine. Il parle de ses frères disparus, des événements tragiques qu’ils ont vécus, du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux. Mais aussi de sa foi et de son espérance. Un entretien lumineux.

LE FIGARO MAGAZINE. - Avez-vous apprécié le film « Des hommes et des dieux » ?

Frère Jean-Pierre. - Il m’a très profondément touché. J’ai été ému de revoir les choses que nous avons vécues ensemble. Mais j’ai surtout ressenti une sorte de plénitude, aucune tristesse. J’ai trouvé le film très beau parce que son message est tellement vrai, même si la réalisation n’est pas toujours exacte par rapport à ce qui s’est passé. Mais cela n’a pas d’importance. L’essentiel, c’est le message. Et ce film est une icône. Une icône dit beaucoup plus que ce que l’on voit... C’est un peu comme un chant grégorien. Quand il est bien composé, l’auteur y a mis un message, et celui qui le chante trouve plus encore, parce que l’Esprit travaille en lui. En ce sens, ce film est une icône. C’est une vraie réussite, un chef-d’œuvre.

Y a-t-il un manque par rapport à l’histoire réelle ?

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À 88 ans, le frère Jean-Pierre, seul survivant du monastère de Tibihirine, pense chaque jour à ses frères disparus, mais, récusant la nostalgie, il a choisi l’espérance. /©photo le Figaro

Je n’ai pas ressenti cela.

Mais comment, en tant que moine, vivez-vous le succès du film ?

Nous sommes comblés et émerveillés de voir un tel succès, mais nous n’y sommes pour rien ! Le fait d’être connu me gêne un peu... Un moine est fait pour être caché.

(...)

Ne ressentez-vous jamais de nostalgie pour la vie à Tibhirine ?

Un peu, oui... Nous avons vécu de très belles choses ensemble. Et puis, cette vie en commun pour représenter le Seigneur et l’Église. C’est une très belle vocation. Elle peut aller loin. Le Christ est plus grand que l’Église. Les soufis utilisaient une image pour parler de notre relation avec les musulmans. C’est une échelle à double pente. Elle est posée par terre et le sommet touche le ciel. Nous montons d’un côté, eux montent de l’autre côté, selon leur méthode. Plus on est proches de Dieu, plus on est proches les uns et des autres. Et réciproquement, plus on est proches les uns des autres, plus on est proches de Dieu. Toute la théologie est là-dedans !

Et pourtant, c’est la mort qui était au rendez-vous...

Ce que nous avons vécu là, ensemble et dès le début, était une action de grâce. On s’était préparés ensemble. Par fidélité à notre vocation, on avait choisi de rester en sachant très bien ce qui pouvait arriver. Le Seigneur nous envoie, on ne va pas démissionner même si, autour de nous, les violents cherchent à nous faire partir, et même les officiels. Mais nous avons Notre Maître et nous étions engagés par rapport à Lui. En second lieu est venue la volonté d’être fidèles aux gens de notre environnement pour ne pas les abandonner. Ils étaient aussi menacés que nous. Ils étaient pris entre deux feux, entre l’armée et les terroristes, les maquisards. La décision de ne pas se séparer avait été prise en 1993. Et même si nous avions été dispersés par la force, on devait se retrouver à Fès, au Maroc, pour repartir s’établir dans un autre pays musulman.

Comment vivez-vous ce qui s’est passé : comme un échec ou comme un accomplissement ?

Après l’enlèvement, le père Amédée et moi avons été obligés de descendre à Alger avec la police. On priait pour nos frères. Pour que Dieu leur donne la force et la grâce d’aller jusqu’au bout. On attendait une intervention de la France ou une intervention ecclésiastique qui obtienne leur libération. On a appris leur mort le 21 mai 1996. Nous étions en train de prier les vêpres. Soudain, un jeune frère est arrivé à la chapelle et s’est jeté devant tout le monde à plat ventre, criant son désespoir : « Les frères ont été tués ! » Le soir, alors que nous étions côte-à-côte à faire la vaisselle, je lui ai dit : « Il faut vivre cela comme quelque chose de très beau, de très grand. Il faut en être digne. Et la messe que nous dirons pour eux ne sera pas en noir. Elle sera en rouge. » Nous les avons tout de suite vus, en effet, comme des martyrs. Le martyre était l’accomplissement de tout ce que nous avions préparé depuis longtemps, dans notre vie. Ces années que nous avions vécues ensemble dans le danger. Nous étions prêts, tous. Mais cela n’a pas exclu la peur.

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Par Jean-Marie Guénois





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Publié le : 21.02.2011 10:49