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Fête de l’éveil à la foi

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galet Hommage et prière pour Lucien Neuwirth à la cathédrale

Des Ligériens ont rendu hommage à Lucien Neuwirth lundi 2 décembre 2013 avant la célébration présidée par Mgr Dominique Lebrun.

Célébration d’Adieu de M. Lucien Neuwirth [1]

Cathédrale Saint-Charles - le 2 décembre 2013
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La vie de chacun d’entre nous est un chemin. Le chemin de M. Lucien Neuwirth se termine aujourd’hui dans la Loire, du moins apparemment. Il est juste que nous lui disions ensemble à Dieu. Ensemble, c’est-à-dire celles et ceux qui poursuivent, en responsabilité, le bien commun ; c’est-à-dire, celles et ceux qui, au nom des ordres du mérite national et de la légion d’honneur, lui rendent hommage ; c’est-à-dire les porte-drapeaux qui disent que la vie de M. Lucien Neuwirth s’inscrit dans l’histoire de notre nation ; c’est-à-dire vous tous qui avez croisé, parfois très simplement, la vie de M. Lucien Neuwirth .

Vendredi, une messe d’obsèques a été célébrée à Paris, à la paroisse Saint François de Salle. Ce matin, nous accompagnons cette dernière étape dans le département que M.Lucien Neuwirth a marquée de son empreinte. Son engagement et sa carrière politique a été largement soulignés. En même temps nous pensons à sa famille : vous accompagnez un époux, un grand-père, un arrière-grand-père, un proche … j’imagine que ce n’est pas très facile de vivre le deuil intime tout en accueillant l’hommage public. Soyez certains que nous vous sommes proches, simplement parce que nous partageons la même humanité. Quel chemin parcouru par M. Lucien Neuwirth ! J’avoue avoir été bouleversé en lisant ses souvenirs de guerre publiés à nouveau en 1994. Cinquante ans après la libération, il écrit : « J’ai estimé du devoir d’un homme que la destinée, avec beaucoup de bon vouloir, a maintenu vivant jusqu’à ce jour, de témoigner. J’ai donc voulu, dans l’humilité de la vérité, déposer ce témoignage. Mais après tout … il deviendra ce que chacun voudra qu’il devienne (p. 8). »

Accueillons cette invitation, que chacun vive ce moment comme il le voudra. Accueillons l’invitation, facile à discerner dans la vie de M. Lucien Neuwirth qui a côtoyé la mort si fortement, à ne plus être le même après qu’avant. Osons être « dans l’humilité de la vérité ».

Homélie de Mgr Dominique Lebrun

Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ?(Jn 14, 5).

Chers amis, aucun d’entre nous ne peut faire le malin devant la mort, devant une séparation qui semble définitive. L’interrogation de THOMAS sera toujours d’actualité. JÉSUS vient de parler de son Père, de la maison de son Père. Il vient surtout d’annoncer qu’il va le rejoindre son Père des cieux et qu’il viendra à nouveau les prendre avec lui. Il conclut : « Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin ».

Après la question de THOMAS : Comment pourrions-nous savoir le chemin ?, JÉSUS répond : Moi, je suis le Chemin, la vérité et la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi (Jn 14, 6). Dans les moments dramatiques de sa vie, M. Lucien Neuwirth a témoigné de sa prière, la sienne mais aussi celle de sa mère ; ces dernières semaines il demeurait fidèle à la messe hebdomadaire de la résidence où il se trouvait, à la rencontre avec JÉSUS dans l’eucharistie.

Parmi les moments dramatiques, vous connaissez sans doute le récit de la fusillade dont il est l’objet avec trois ou quatre de ses camarades parachutistes. Seul, il en réchappe car une pièce de deux shilling a dérouté le coup. Il ajoute : « Ma pensée va en Angleterre … je revoyais ‘Crâne d’obus’ me demander ma petite monnaie - comme c’était l’habitude avant de partir en territoire ennemi- et mon refus. A quel moment est intervenu le miracle ? » Il poursuit : « Je pensai à ma mère. D’avance, je savais qu’elle attribuerait ma survie au scapulaire de Sainte THÉRÈSE qu’elle m’avait fait parvenir … lorsque j’étais interné dans le camp de Miranda » (p. 192), c’est-à-dire le camp où il passera plusieurs mois en Espagne sur le chemin de Londres. L’image de Sainte THÉRÈSE ne l’a pas quittée ; elle est aujourd’hui près de son corps.

La foi n’empêche pas de se poser des questions. Mais, elle commande de les poser à qui de droit : Dieu. La foi n’est pas une certitude devant la vie et la mort. Elle est une confiance, une douce confiance, cette confiance que nous expérimentons tous sous peine de ne plus vouloir vivre. JÉSUS appelle THOMAS et les autres à mettre leur confiance en Lui, plus que tout, à mettre leur quête de vérité dans sa Vérité, leur désir d’une vie authentique en sa vie, leur chemin sur la trajectoire qui mène au Père des cieux : Je suis le chemin, la vérité et la vie.

La foi n’est pas une assurance pour un au-delà après une vie que nous aurions menée sans conséquence. La foi nous engage dès nos premiers pas de vie consciente à plus de vérité, à plus de vie, à faire de notre chemin, un chemin pour les autres. M. Lucien Neuwirth s’est passionné pour la vie, pour sa transmission, pour sa fin. A la lecture de ses mémoires, on comprend qu’il ne pouvait en être autrement mais aussi à cause de ce qu’il vécut auprès de sa fille, de sa première épouse décédées.

Le moment n’est pas venu de juger de son action politique sinon en reconnaissant son intention profondément humaine à commencer par la défense des femmes vivant des grossesses non désirées, et, par voie de conséquence, soumises à des faiseurs d’anges, comme on disait à l’époque. Qu’il me soit permis d’ajouter que les lois votées n’ont pas réussi à faire baisser le nombre d’avortements. Ils demeurent une source de souffrance à laquelle M. Lucien Neuwirth était précisément très sensible. Il était sensible à la souffrance de fin de vie et nous lui devons ce combat pour les soins palliatifs avec une première loi en 1995. Il n’est pas indifférent de savoir qu’il consulta alors les responsables des cultes, dont le cardinal Lustiger sur la valeur chrétienne de la souffrance.

La foi confiance, la foi engagement, la foi source d’espérance : « Là où je suis, vous y serez aussi » (Jn 14, 3), promet JÉSUS. Cette promesse est inscrite dans le baptême que Lucien Neuwirth a reçu : dès ce moment, dans la foi de l’Eglise, il a été uni à l’amour de JÉSUS mort et ressuscité. Sainte THÉRÈSE en était le témoin attentionné auprès de lui.

Cette promesse est aussi pour nous, si nous voulons bien l’accueillir, en étant les uns pour les autres des témoins de l’amour, de l’amour qui vainc la souffrance, de l’amour qui vainc la mort. Des oppositions politiques, parfois dures, ou plus prosaïquement des oppositions de caractère peuvent demeurer. Il n’est pas dit qu’elles doivent entraver l’amour ; c’est plutôt l’amour qui peut les vaincre. Ceux qui ont lu les mémoires de Lucien Neuwirth ont été frappés par le dernier dialogue entre HANS, le gardien allemand qui le conduit au camp de prisonnier près de Brême, et lui. Permettez que je cite ce passage ou plutôt que je cite, pour terminer, successivement Lucien Neuwirth et Saint PAUL :

« L’éventualité d’une amitié naissante entre moi, natif de la Loire, et un Germain me paraissait difficilement imaginable. Tous ceux qui endossaient des uniformes du III° Reich incarnaient, selon moi, le mal absolu. Or, malgré tout ce que j’avais vu et subi, j’aimais bien HANS … oui, en ces journées de malheur, bien qu’ennemis, nous étions devenus proches (p. 220) ».

« J’en ai la certitude, dit Saint PAUL, ni la mort ni la vie, ni les esprits, ni les puissances, ni le présent, ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en JÉSUS CHRIST notre Seigneur » (Rm 8, 38-39).

+ DOMINIQUE LEBRUN


[1] Lucien Neuwirth est décédé le 26 novembre 2013. Ancien président du conseil général de la Loire et ancien parlementaire, on lui doit la loi sur la pilule mais aussi les textes législatifs sur la douleur et les soins palliatifs.




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Publié le : 05.12.2013 10:22 - Mis à jour le : 21.07.2014 09:38