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galet Homélie de Mgr Sylvain Bataille : funérailles du P.François Reynard

Homélie de Mgr Sylvain Bataille
Funérailles du Père François Reynard
Cathédrale Saint Charles
Mardi 31 janvier 2017


Homélie pour les funérailles du P. François Reynard Cathédrale Saint Charles de Saint-Etienne le 31 janvier 2017

Je me demande si le Père François n’est pas en train de nous regarder par une des nombreuses fenêtres du ciel. Je l’imagine nous dire, avec ses yeux brillants et son sourire malicieux : ‘Pourquoi êtes-vous si tristes ? Vous avez la même tête que les disciples qui vont à Emmaüs !’ – ‘Mais Père François, il ne fallait pas nous quitter, tu es parti trop vite.’ Il pourrait alors nous répondre comme le Christ : ‘Vous n’avez donc pas compris, vous non plus. Ne fallait-il pas que je suive le Christ jusqu’au bout, par cette Pâque que j’ai vécu ces derniers jours ?’.

Au tout début de son hospitalisation, nous avons eu un beau dialogue où il envisageait ce passage : le moment était peut-être venu et, en même temps, il avait des projets. Pendant les quinze jours où il a été en soins intensifs, nous avons été devant ce grand mystère de la vie que l’on ne perce pas, mais que l’on peut servir. Les médecins et tout le personnel médical étaient à l’œuvre. Il y avait des hauts et des bas, des dégradations inquiétantes puis des moments où tous les espoirs étaient permis. On ne maitrise pas la vie. A ses côtés avec sa famille, nous savions que nous avions à être là avec lui, à être là en votre nom à vous tous qui l’avez connu et aimé. C’est une expérience de pauvreté... on peut simplement être là, et pourtant, c’est si important !

Au début, je lui disais : ’Père François, il faut s’accrocher, on a trop besoin de vous’. Au bout de quelques jours, je me suis dit : ’Ta réaction est peut-être égoïste ! Peut-être arrive-t-il au bout de son chemin sur la terre ? Peut-être faut-il le laisser partir ?’ Alors nous nous sommes mis à prier avec la prière du père de Foucauld : "Mon Père, je m’abandonne à toi ». ‘C’est toi Seigneur qui est le maître de la vie, je préfère te faire confiance’. Une phrase revenait sans cesse dans mon cœur : « Bon et fidèle serviteur, entres dans la joie de ton Maître ! ».

Le Père François s’était donné jusqu’au bout dans ses différents ministères, nous les avons évoqués au début de notre célébration. Il s’était donné tout particulièrement après le départ de Mgr Dominique Lebrun, pour guider le diocèse, pour préparer la venue de son successeur. Il s’était donné pour m’accueillir, pour me mettre en route... jusqu’au bout. Peut-être son temps était-il accompli ? Il y a un temps pour donner, il y a un temps pour partir, mais ce n’est pas une question d’usure, en disant : ’Il n’en pouvait plus, il avait trop donné’. C’est une question d’accomplissement. Sur le chemin d’Emmaüs, Jésus pose la question aux disciples : ’Ne fallait-il pas que le Christ souffrit sa Passion pour entrer dans sa gloire ?’ Jésus en croix va donner sa vie pour sauver les hommes. C’est l’accomplissement du don de lui-même, l’accomplissement de son amour. Chaque chrétien, et peut-être tout particulièrement chaque prêtre, à la suite du Christ, est invité à avancer, jour après jour, dans le don de lui-même et la mort devient alors un accomplissement, une Pâque, un passage comme le Christ, vers la Gloire, vers la fécondité et vers le face à face, dans le Royaume.

C’est ce que nous allons célébrer dans cette Eucharistie : le mystère du Christ mort et ressuscité, rendu présent au milieu de nous, pour que nous puissions nous y associer. Certes, il y a la grande Pâque de notre vie – la mort, ce passage mystérieux vers le Père - mais elle se prépare par chacune des pâques de notre vie quotidienne : les épreuves, les difficultés, et en particulier celle de perdre quelqu’un qui nous est cher. Tout cela nous pouvons l’offrir, avec le Christ, dans l’Eucharistie pour que ce soit un chemin de vie et de gloire. Dans cette Eucharistie, c’est toute la vie du Père François que nous remettons ensemble entre les mains du Père, pour qu’elle s’accomplisse dans la gloire du Père.

Ces trois dernières semaines ont été intenses, je voudrais en tirer trois conclusions.

Tout d’abord, devant le départ d’un être cher, nous sommes confrontés d’une manière toute spéciale au mystère de la vie. On ne peut pas tout expliquer mais on est appelé à accueillir, à accompagner. La vie ne nous appartient pas, nous n’en sommes pas maître. On prend alors conscience que chacun est absolument unique, avec son chemin propre, et que l’on reçoit beaucoup les uns des autres. En l’occurrence nous avons beaucoup reçu du Père François. Saint Paul, dans la lettre aux Romains que nous venons d’entendre, évoquait la grande diversité des charismes, des dons de Dieu : le don de servir, d’enseigner, de réconforter, de diriger, de pratiquer la miséricorde. Il ne manquait pas de dons le Père François et il les vivait dans la simplicité, dans la prière, dans le respect, dans l’hospitalité, dans la joie, compatissant avec ceux qui pleurent, en aimant, se laissant attirer par ce qui est humble et simple... comme son Saint patron. C’est ainsi qu’il a su vivre l’Evangile, qu’il l’a comme incarné, qu’il nous l’a donné.

Face à ce mystère de la vie, et c’est ma deuxième conclusion, nous pouvons bénir le Seigneur pour ses fidèles serviteurs. Sommes-nous conscients que les autres sont un cadeau pour nous et que chacune de nos vies est un cadeau pour les autres ? Est-ce que nous savons nous en réjouir ? Plus nous vivrons l’Evangile, plus notre vie sera un cadeau pour les autres. N’attendons pas le départ d’un être cher pour en prendre conscience. De plus cela nous permet d’être confiants. Le Seigneur nous a donné le Père François, mais il nous en donne beaucoup d’autres personnes aujourd’hui, prêtes, religieux, religieuses, diacres, laïcs pères et mères de famille. Chacun d’entre nous est un don de Dieu. Est-ce que nous sommes conscients de tout ce que nous vivons de beaux aujourd’hui ? Cela paraît tout simple, tout ordinaire, et pourtant, cela a un tel poids ! Ce poids dont nous prenons conscience quand la personne s’en va. L’Eglise a comme mission de produire des saints. C’est ce qu’elle fait de plus beau. Ce n’est pas elle qui le fait, c’est l’œuvre de l’Esprit dans le cœur des hommes. La sainteté n’est cependant jamais accomplie sur cette terre. Le Père François avait ses limites, ses défauts, il avait aussi ses péchés pour lesquels nous demandons la miséricorde du Père. Mais sa vie était belle. La sainteté est possible, Dieu nous la rend à portée de main. Ce ne sont pas des choses compliquées, c’est simplement se laisser habiter par le Seigneur, chacun avec les dons qui sont les siens, en consentant à ses propres limites, humblement et simplement.

Si la vie est un mystère, si nous devons nous réjouir de cette vie qui nous est donnée et des autres, nous devons aussi la laisser avancer. Ce sera ma troisième conclusion. Il est vrai que nous aurions aimé l’arrêter, mais non, les générations se succèdent. Le Seigneur nous donne d’autres personnes aujourd’hui et en prépare d’autres encore pour demain. Accueillons ce qui nous est donné dans l’instant présent, laissons partir ceux qui doivent partir. La vie est fugitive. Elle ne s’arrêtera pas et ne s’accomplira que dans la Gloire, dans le face à face avec le Père. Nous sommes de passage, vivons l’instant présent. Vivons les uns avec les autres, vivons les uns pour les autres, et continuons notre chemin, forts de tous ce que nous avons déjà reçus et prêts à accueillir tout ce que nous avons encore à recevoir et à donner aujourd’hui et demain. Avec les disciples d’Emmaüs, vivons l’Eucharistie, Jésus a rompu le pain et ils l’ont reconnu. Vivons cette Eucharistie, qu’elle donne d’entrer davantage dans la Pâque du Christ, dans sa mort et sa résurrection. Dans cette Eucharistie, offrons la vie du Père François, offrons aussi notre peine et notre souffrance. Demandons que tout ce que nous avons reçu de lui porte des fruits en abondance. Pour les disciples d’Emmaüs, après avoir rompu le pain, le Christ disparait à leurs yeux mais il reste bien présent en leur cœur, c’est encore ce grand mystère de l’Eucharistie. Ils se remettent alors en chemin, ils vont retrouver les Apôtres et ils se disent : « Oui, c’est vrai, le Christ est ressuscité, vraiment ressuscité, il est apparu à Pierre, aux disciples d’Emmaüs, il a donné son Esprit Saint. » Nous aussi nous avons à vivre notre Pâques. Ensemble, célébrons l’Eucharistie, ensemble sachons nous émerveiller de l’œuvre de Dieu en ce monde et sachons nous soutenir les uns les autres sur ce chemin de sainteté qui est celui de l’Eglise et nous conduit vers le Royaume. Amen.

+ Sylvain Bataille
évêque de Saint-Etienne





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Publié le : 02.02.2017 13:27 - Mis à jour le : 08.02.2017 10:00