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galet Dimanche 25 octobre 2009 : Messe en l’honneur de sainte Jeanne Jugan célébrée à la cathédrale Saint-Charles à Saint-Etienne, Homélie de Mgr Lebrun

Une messe a été célébrée en l’honneur de sainte Jeanne Jugan en présence des Petites sœurs des pauvres de Ma Maison de Saint-Étienne, à la cathédrale Saint-Charles le dimanche 25 octobre 2009, jour anniversaire de sa naissance.

- Jeanne Jugan a été canonisée le dimanche 11 octobre 2009, à Rome.

Présentation succincte de sainte Jeanne Jugan au début de la messe

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Grande joie la semaine dernière à Saint-Pierre de Rome.
Cinq hommes et femme dont la sainteté était connue et, maintenant, reconnue étaient proposés à la vénération des fidèles par le Pape Benoit XVI : l’évêque Zygmunt Felinski ; le prêtre François Guitart et le religieux cistercien Raphaël Arnaïz Baron ; le Père Damien, apôtre des lépreux et soeur Marie de la Croix Jugan, Jeanne Jugan, fondatrice des petites soeurs des pauvres.

Notre ville s’honore de la présence des petites soeurs des pauvres "Ma Maison" et il est juste et bon de rendre grâce à Dieu dans notre cathédrale pour la sainteté de Dieu reçue et transmise par sainte Jeanne Jugan.

Comme les quatre autres saints, Jeanne Jugan vécut au XIX° siècle. Comme bien d’autres enfants bretons, elle connut la disparition en mer de son Papa à l’âge de 4 ans. Sa première initiation chrétienne eu lieu dans la clandestinité qu’imposait la tourmente révolutionnaire. Son éducation se fit dans la pauvreté et la dignité mais sans pouvoir fréquenter l’école. A quatorze ans, elle devient domestique – servante - dans une famille plus aisée. Puis elle apprit à soigner et travailla à l’hôpital.

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Sa santé l’ayant contrainte à abandonner le travail, elle vécut à 47 ans la rencontre bouleversante d’une femme âgée dans le dénuement. Alors qu’elle vit avec deux autres femmes, elle choisit de donner son lit pour se réfugier au grenier. "Ma Maison" est née, la maison qui est la maison des servantes comme celle des servies, la maison des anciens et la maison des jeunes.

Deux ans plus tard, elle loue une grande maison pour accueillir avec d’autres jeunes filles douze personnes âgées. Quatre ans plus tard, déjà de nombreuses maisons sont fondées en France puis partout dans le monde. Prenant le nom de Soeur Marie de la Croix, la congrégation des servantes des pauvres est fondée mais elles s’appelleront plus justement « Petites sœurs des pauvres » car les pauvres sont leur famille.

Écartée de la direction de son œuvre, Jeanne Jugan vivra 27 années au milieu des novices et des postulantes de plus en plus nombreuses. Elle s’endort paisiblement dans le Seigneur à presque 87 ans.

Homélie

Jr 31, 7-9 ; Ps 125
He 5, 1-6 ; Mc 10, 46b-52

- Homélie de Mgr Lebrun à télécharger

Il était assis au bord de la route … l’homme … suivait Jésus sur la route. (Mc 10, 46.52)

Notre vie est ainsi faite : elle est chemin.

Bar Timée, fils de Timée, est assis au bord de la route, la route qui mène de Jéricho à Jérusalem. La route monte de la plaine à la montagne ; la route monte du village à la ville.

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Le symbole apparaît évident au P. Régis Peyrard, l’aumônier des Petites sœurs des pauvres, et à ceux qui, comme lui, ont eu la chance de fréquenter la Terre sainte. La route monte pour passer de notre vie de tous les jours à celle marquée par la rencontre du Seigneur. La route monte pour passer de la vie commune de quartier ou de village à celle où tous sont rassemblés des extrémités du monde (Jr 31, 8), comme dit le prophète Jérémie.

La vie de Jeanne Jugan est aussi un chemin, un chemin qui connaît les balises que ce court Évangile concentre :

La balise de la prière

Jésus, fils de David, aie pitié de moi (10, 47). Ceux qui connaissent les maisons des petites sœurs des pauvres savent que la chapelle n’est jamais dans un coin de la maison. Elle est au centre. Les petites sœurs des pauvres prient. Cela paraît naturel pour des religieuses mais combien la tentation doit être grande, mes sœurs, de restreindre la prière car il y a tant à faire dans vos maisons ! Jeanne Jugan disait : « Aimez bien le bon Dieu, il est si bon. Confions-nous en lui ».

La balise de l’épreuve

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Un mendiant aveugle (10, 46). La petite Jeanne a connu le décès prématuré de son père et la pauvreté à la maison. Des ennuis de santé vont la contraindre à abandonner sa profession d’aide-soignante. Mais, comme pour Bar Timée, comment ne pas voir dans ses propres difficultés les prémices de l’accueil du salut pour tous.

La balise du surcroît d’épreuve

Beaucoup de gens l’interpellait pour le faire taire (10, 48). Ce surcroît d’épreuve, c’est celui qui vient de là où on ne l’attendait pas. Les amis de Jésus font taire Bartimée. Jalousie ? Incompréhension de l’amour sans limite de Jésus ? Probablement. Au bout de quatre années après le début de l’œuvre de Jeanne Jugan, l’abbé Le Pailleur, conseiller de la première heure, l’écarte de sa responsabilité. Pendant 27 années ensuite, Jeanne sera comme enfouie dans la communauté grandissante au point que les jeunes ne sauront plus qu’elle en fut la fondatrice. Épreuve de l’humiliation qui n’a fait qu’accroître son humilité.

La balise de la vie communautaire

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Jésus sortait avec ses disciples et une foule nombreuse (10, 46). Comme Bar Timée s’inscrit dans la communauté croyante en appelant Jésus « fils de David », Jeanne Jugan est une fille de l’Église qui bâtit son œuvre avec et dans l’Église. Avant de beaucoup donner, elle a beaucoup reçu, en particulier de la congrégation de Saint Jean Eudes qui invitait à « n’avoir qu’une vie, qu’un cœur, qu’une âme, qu’une volonté avec Jésus ». Mes sœurs, prenez bien soin de votre vie communautaire, déjà entre vous et avec toute la communauté de "Ma Maison".

La balise de la pauvreté

L’aveugle jeta son manteau (10, 50a). Il ne s’agit plus de la pauvreté infligée, il s’agit de la pauvreté volontaire. Un soir d’hiver 1839, ce fut le début, la vraie fondation de l’œuvre de Jeanne Jugan : Elle donne non pas son manteau mais son lit. Elle dira : « C’est si beau d’être pauvre, de ne rien avoir, de tout attendre du bon Dieu ». Elle donne son lit et invite à donner. La collecte chez les petites sœurs des pauvres est un acte de charité, celui d’inviter à donner. La table au fond de notre cathédrale est là pour en témoigner !

La balise de la joie

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L’aveugle bondit et courut vers Jésus (10, 50b) faisant écho aux paroles de Jérémie : Poussez des cris de joie (31, 7). Ayant eu la grâce de pénétrer dans les maisons des petites sœurs à Saint-Denis, à Rome, à Sydney et à Saint-Étienne, je peux témoigner, comme beaucoup d’entre vous, de la joie et du sourire des petites sœurs. Notez que Bar Timée bondit alors même qu’il n’est pas encore guéri. Il bondit car la voix de Jésus l’appelle, car il entend la réponse de Jésus à sa prière : Confiance, lève-toi, il t’appelle (10, 49). Notre joie est profonde d’être appelés et d’entendre la réponse de Jésus, en attendant d’être totalement guéris, en attendant d’avoir nos yeux tout à fait ouvert par l’amour.

Frères et sœurs, nous sommes tous sur ce chemin, chemin de prière, chemin de pauvreté, chemin d’épreuve ou de surcroît d’épreuve, chemin de joie. Dans la rencontre du Seigneur, il est surtout chemin de foi et de guérison : Va, ta foi t’a sauvé (10, 52). Pour que notre pauvreté soit pauvreté remplie de l’amour de Dieu ; pour que notre épreuve soit union à la croix de Jésus.

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Nous ne sommes pas encore arrivés à Jérusalem. Sainte Jeanne Jugan, nous le croyons de manière certaine, est entrée dans la Jérusalem céleste non sans être passée par la croix plantée à la porte de Jérusalem sous le regard de Marie. Son nom de religieuse n’est-il pas soeur Marie de la croix ?

Que sainte Jeanne Jugan intercède pour nous afin que nous prenions le bon chemin en ayant au cœur le terme de celui-ci, la dernière balise dont témoignent ses dernières paroles : « Père éternel, ouvrez vos portes, aujourd’hui, à la plus misérables de vos petites filles, mais qui a si grande envie de vous voir ! ».

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen !

+ Dominique Lebrun
Evêque de Saint-Étienne





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Publié le : 27.10.2009 15:26 - Mis à jour le : 20.05.2010 13:43