Accueil > Actualités > Reportages et photos
Fête de l’éveil à la foi

Don en ligne

galet Des prêtres venus d’ailleurs... une mission au service de l’évangile

Mardi 19 octobre 2010 le père Maurice Pivot a proposé une conférence qui prenait toute sa place au coeur de la semaine missionnaire. Il a abordé l’engagement des prêtres venus d’ailleurs porter l’Evangile.

Le père Maurice Pivot, prêtre du diocèse de Lyon et de la société de Saint Sulpice travaille avec les Oeuvres Pontificales Missionnaires (OPM) et le service de la Mission Universelle de l’Eglise. Il est aujourd’hui un des théologiens français « spécialiste » de la mission. Après avoir enseigné dans plusieurs grands séminaires de France, Saint Joseph à Lyon, Marseille et Issy les Moulineaux, il consacre toute son énergie à penser l’activité missionnaire de l’Eglise dans la mondialisation et la modernité. Il séjourne régulièrement en Afrique, en particulier au Bénin et au Congo. Il est très attentif à l’accueil des prêtres africains qui viennent exercer leur ministère en France. Ils sont aujourd’hui environ 1200, dont six dans notre diocèse.

A l’occasion de la semaine missionnaire mondiale il a proposé une conférence sur le thème « Quand la mission devient réciproque, des prêtres venus d’ailleurs » mardi 19 octobre 2010 au centre diocésain de formation. L’occasion pour l’auteur du livre  [1] d’aborder l’engagement des prêtres Fidei Donum en France qui se développe dans nos diocèses et de considérer l’évangélisation dans sa dimension universelle.

- Présentation du livre de Maurice Pivot : « Au pays de l’AUTRE – l’étonnante vitalité de la mission »

Quand la mission devient réciproque

JPEG - 138.7 ko
Deux prêtres missionnaires sur notre diocèse : Mombo Gustave et Kumbu Roger /©Défrade 2010

La venue de prêtres d’Afrique ou d’Asie dans les paroisses de France pourrait faire croire qu’il ne s’agit que d’un juste retour des choses. Il y a un ou deux siècles, des missionnaires sont parties annoncer l’Evangile dans ces contrées lointaines… Aujourd’hui des missionnaires venues de ces jeunes Eglise viennent réveiller celles assoupies de la vieille Europe. Or cet événement est d’une tout autre profondeur. Il nous amène à comprendre la mission de l’Eglise comme un dialogue entre Eglise avec de nombreux enjeux essentiels pour l’avenir de l’Eglise catholique à l’échelle de la planète.

Deux réalités nouvelles

Le visage des communautés chrétiennes, surtout dans les grandes villes s’est beaucoup modifié ces dernières années avec l’arrivée de nombreuses personnes venus des DOM TOM ou des pays de l’Afrique sub saharienne. Les quelques « gaulois » des quartiers de banlieue sont devenus minoritaires. Ils doivent être accueillis au sein d’une communauté bigarrée. Au Maroc et en Algérie, l’Eglise catholique s’était maintenue après la colonisation avec un clergé essentiellement français… aujourd’hui les communautés sont composées surtout d’africains et les prêtres viennent du Moyen Orient et de l’Afrique. Les musulmans qui avaient l’habitude d’assimiler christianisme et "Eglise de France", découvre que l’Eglise a un tout autre visage.

Les prêtres qui viennent d’Afrique savent qu’ils viennent dans une société en crise, dans une Eglise en crise… Cependant ils ont bien conscience que cette crise, née de l’affrontement de la modernité et des défis multiples de la mondialisation, n’est pas une affaire réservée aux pays riches. Ils viennent chez nous pour comprendre cette crise et se préparer à l’affronter chez eux dans quelques années. Le regard qu’il porte sur notre société est très intéressant, nous avons à les entendre. Ils nous surprennent. Ces « regards » venus d’ailleurs nous obligent à voir les réalités de notre Eglise autrement. Beaucoup de prêtres africains, sont surpris par nos églises vides et nos assemblées vieillissantes… mais après quelques mois en paroisse, ils sont étonnés par la vitalité de la foi des chrétiens dans ce contexte aride.

Echanges réciproques Inter-Eglise : des enjeux humains

Nous avons à comprendre ces enjeux en profondeur, car il y a un véritable service de l’homme, pour le vivre ensemble. Ces enjeux s’expriment à travers les réalités de la vie quotidienne les plus simples. Par exemple, dans une communauté religieuse qui réunit des asiatiques, des sud-américains, des africains, la gestion de la cuisine et des pratiques alimentaires n’est pas du tout évidente. Aujourd’hui il y a un clivage entre ceux qui acceptent le risque du « vivre ensemble » et ceux qui le refuse. « L’avenir est au métissage… » mais cet avenir n’est pas écrit. Il va dépendre de la profondeur de l’accueil et de la rencontre des différentes cultures.

JPEG - 40.1 ko
Des liens se tissent entre diocèses français et africains /©diocèse de Boma)

La rencontre des mémoires… : Que connaissons-nous de la mémoire de l’autre ? Par exemple, ici en Europe, entre allemands et français, nous n’avons pas du tout la même mémoire des questions sociales. Il en est de même avec les africains qui viennent avec une mémoire marquée par des années de colonialisme, mais aussi par des histoires de la présence chrétienne très différente d’un pays à l’autre.

L’affrontement à la modernité… Les outils de la modernité bousculent nos cultures. On peut même dire qu’ils les façonnent (tel l’internet, facebook), mais aussi le langage de l’image, le cinéma. Curieusement, nos amis du Sud vivent ce bouleversement en même temps que nous…

Des solidarités différenciées… L’importance des solidarités familiales pour les africains est parfois surprenante pour nous. Nous avons à les comprendre en les respectant et surtout en redécouvrant nos propres solidarités familiales et comment elles nous imprègnent nous aussi dans nos comportements et nos valeurs.

Une perception différente C’est surtout vrai dans le rapport au temps, à la durée, à la mort. Le rapport à la mort a beaucoup bougé en France ces 50 dernières années. Comment vivre ce rapport à la mort pour faire en sorte qu’il soit fécond. Un prêtre africain est arrivé à Paris au moment de la canicule… Il a du faire, pendant un mois et demi en moyenne, huit enterrements par semaine… Cette épreuve l’a fait entrer en contact avec la réalité de sa paroisse d’une manière très profonde et vraie. Son ministère en a été profondément marqué.

JPEG - 32.5 ko
L’évêque de Boma (RDC) a envoyé trois prêtres missionnaires sur notre diocèse

La manière d’entrer en relation… Comment on dit bonjour… Quelle qualité de présence nous avons au moment d’entrer en relation. Un prêtre africain était venu voir un de ses collègues à Paris pour lui annoncer le décès de son père. Il est reparti sans pouvoir lui en parler. Plusieurs jours après, ce collègue s’étonne de n’avoir pas été informé de ce décès… et le prêtre africain lui dit : « Tu n’étais pas disponible pour entendre cette nouvelle… »

L’autre existe dans sa consistance culturelle, historique, sociale et symbolique. Par exemple, dans les paroisses où arrivent des prêtres africains, les factures de téléphone explosent. C’est assez facile à comprendre. En Afrique lorsque l’on entre en contact avec quelqu’un de la famille, il faut passer en revue tous les parents et amis sinon c’est impoli… En téléphonant au pays le prêtre est obligé de respecter les rites sociaux… de son milieu.

L’autre est façonné par les structures de péché, d’une culture, d’une société et d’une histoire… La publicité agressive qui s’étale sur nos panneaux publicitaires, nous ne la voyons même plus, elle est une agression très forte pour les africains qui viennent d’une culture pudique et pauvre en image. Il importe de repérer les éléments de culture sans les absolutiser pour comprendre le réel qui nous entoure.

L’autre dans sa singularité, son appel et sa prise en charge des réalités… Chacun est unique. La vraie rencontre est possible si nous approchons cette singularité de chacun et la respectons. Le processus culturel ouvre à une dynamique de foi, d’espérance et de charité, chaque fois que je rencontre l’autre dans ce qu’il a d’unique.

Un meilleur accueil de l’Evangile

L’Evangélisation passe par la manière de vivre de l’Eglise… Elle ne vit pas d’abord pour elle-même… Elle n’est pas là pour elle-même. L’Eglise doit sans cesse devenir davantage catholique… Quand elle se laisse transformer par le mystère pascal qu’elle porte, elle devient catholique. La différence, dans une paroisse fait grandir cette catholicité. L’accueil de migrants, l’accueil d’une communauté de la FCPMH [2], la traversée d’épreuves communes, sont autant de processus de "catholicisation".

Au fond, comme les pèlerins d’Emmaüs nous sommes tous invités à devenir des « étrangers » sur cette terre… Sur la route, Jésus est l’étranger qui vient marcher avec les deux disciples… C’est ce qui nous permet d’accueillir l’inattendu de la rencontre vivante de la Bonne nouvelle pour nos Eglises aujourd’hui ici en Europe mais également en Afrique

Service de la mission universelle de l’Eglise
Diocèse de Saint-Etienne

- Télécharger l’intégralité de l’article


[1] Au au pays de l’autre, l’étonnante vitalité de la mission Edition de l’Atelier

[2] Fraternité Chrétienne des Personnes Malades et Handicapées




Version imprimable de cet article Version imprimable


Publié le : 25.10.2010 15:14 - Mis à jour le : 12.01.2015 11:34