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galet Cop 21 : dossier de présentation de l’Eglise Catholique en France

Changement climatique, objectifs du millénaire : dossier de présentation de l’Eglise Catholique en France.

En décembre 2015 Paris accueille la 21ème conférence internationale sur le climat, appelée COP21, chargée de définir les modalités pour lutter contre le changement climatique. L’enjeu est d’envergure car les risques mis en évidence par le dernier rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) sont d’une extrême gravité. L’émission de gaz à effet de serre, conséquence directe de l’utilisation d’énergies fossiles et notamment du pétrole, a atteint un tel niveau que des catastrophes majeures sont à prévoir : des événements météorologiques extrêmes (comme la vague de chaleur de 2003, les sécheresses, les inondations, les cyclones et les typhons comme aux Philippines), l’élévation du niveau de la mer et son acidification, des changements thermiques et pluviométriques, ayant comme conséquence une perte de biodiversité et le bouleversement complet de nos écosystèmes. Ces changements risquent d’entraîner la destruction irréversible des moyens d’existence (habitats, troupeaux, champs), la baisse des rendements agricoles, des famines, des manques d’eau, l’extension de maladies parasitaires. Crise économique, migrations massives et conflits internationaux sont ainsi attendus. Le changement climatique est peut- être la plus grave menace qui pèse sur les sociétés humaines à moyen et à long terme.

Un défi pour la communauté internationale

Il est donc urgent d’agir. La communauté internationale en a pris progressivement conscience. En 1992 lors de la deuxième conférence internationale sur l’environnement organisée par les Nations Unies à Rio, une convention sur les changements climatiques fut signée. En 1997, cette convention fut complétée par le Protocole de Kyoto, avec un engagement chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2012. Mais en 2009, la conférence internationale sur le climat tenue à Copenhague, qui a fixé des objectifs entre 2012 et 2020, fut considérée comme un échec. La prochaine conférence qui aura lieu à Paris en décembre 2015 et qui doit définir les objectifs à partir de 2020, est ainsi considérée comme cruciale pour l’avenir de la planète. Or, certaines négociations en cours ne sont pas de bon augure : chaque pays essaye de défendre son intérêt propre, rendant difficile une décision en faveur du bien commun mondial.

Le tragique qui ouvre un nouveau possible

Ce défi auquel est aujourd’hui confrontée la communauté internationale peut être mis en résonance avec une figure majeure de la tradition chrétienne : le kairos. Cette notion grecque renvoie à une expérience particulière du temps, celle du « moment opportun ». Il s’agit d’un instant de grâce où tout peut basculer, mais cette ouverture au radicalement nouveau est toujours précédée d’un événement tragique. Le kairos dit cette conjonction paradoxale entre la mort et la vie, entre la perte et le nouveau possible. Les récits bibliques qui parlent du kairos illustrent bien ce paradoxe. Les évangiles utilisent ce mot au moment où Jésus sort de l’anonymat et commence sa vie publique. Un événement tragique est associé à ce début : la décapitation de Jean-Baptiste. Plus tard ce seront les disciples de Jésus qui partiront proclamer l’Evangile dans le monde entier, et encore une fois c’est la mort en croix de Jésus et l’expérience qu’ils font de sa résurrection qui en constitue l’évènement déclencheur. Au moment où la réalité sombre dans le désespoir, le kairos désigne l’émergence d’un radicalement nouveau. Le dérèglement climatique pourrait être un kairos pour nos sociétés contemporaines. Nous vivons en effet, la fin d’une époque et d’un modèle : le changement climatique en est le signe. Le modèle sur lequel les sociétés se sont développées est celui de la croissance économique et de la prospérité partagée. L’imaginaire de vie bonne de ce modèle de développement est fondé sur l’idée d’une production et d’une consommation en augmentation permanente. Or, ce modèle qui a permis une amélioration sans commune mesure des conditions de vie, notamment dans les pays dits développés, se révèle aujourd’hui inviable à cause de l’épuisement et de la dégradation des ressources naturelles qu’il a provoqués. Les risques de mort associés au réchauffement climatique en sont la preuve. Serons-nous capables d’inventer une autre forme de développement et de dresser un autre imaginaire de la vie bonne ? Saurons-nous « choisir la vie » entre vie et mort, entre bénédiction et malédiction, comme nous y invite le livre du Deutéronome ?

(...)

La solidarité comme socle du vivre-ensemble

Les mutations contemporaines menacent l’ensemble des humains, mais certains le sont plus que d’autres : les plus pauvres sont plus menacés que les plus riches, et les générations à venir plus que les générations présentes. La précarité énergétique dont souffre déjà une bonne partie de nos concitoyens, ainsi que la sécheresse et les inondations qui menacent la vie des populations plus pauvres, en témoignent.

La solidarité fondée sur le principe de destination universelle des biens constitue l’un des socles de la foi chrétienne. Or, cette solidarité ne se réduit pas à l’aide à porter aux plus pauvres. Elle s’érige comme principe organisateur de la vie collective. Elle est fondée sur l’idée que chaque homme et chaque femme ont quelque chose à donner et quelque chose à recevoir d’autrui. Le pauvre ne peut pas être réduit à sa pauvreté. Il est appelé, comme toute personne, à être co-créateur et à mettre ses compétences au service d’un projet commun. L’expérience récente de l’Eglise de France autour de Diaconia 2013 a bien mis en évidence ce que produit une solidarité qui n’est pas pensée « pour » les plus pauvres, mais « avec et à partir d’eux ». Cette expérience pourrait bien inspirer les démarches de solidarité en termes de changement climatique et interroger sur la place des plus pauvres dans les négociations internationales concernées.

L’année 2015 est marquée par des échéances majeures pour la vie de la planète et de l’humanité. Ces échéances constituent une opportunité pour repenser le développement sur de nouvelles bases : un développement visant le bien vivre ensemble plutôt que la prospérité partagée, fondé sur une logique de coopération internationale plutôt que de concurrence et de défense de seuls intérêts nationaux, et permettant la participation des plus pauvres dans les instances de gouvernance. Un monde nouveau est en train de naître, et nous sommes tous appelés à le faire advenir.

- Paris, le 15 janvier 2015
- Pour le Conseil Famille et Société2 - Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, président

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Publié le : 19.11.2015 09:51 - Mis à jour le : 24.11.2015 17:43