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Que fête-t-on à l’Ascension ?

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galet Assises chrétiennes de l’écologie : homélie de Mgr Dominique Lebrun

L’eucharistie à été célébrée à 18 h 30 la cathédrale Saint Charles par Mgr Dominique Lebrun.

Assises chrétiennes de l’écologie
33ème dimanche du temps ordinaire (A)
Cathédrale Saint-Charles (Saint-Etienne) – le 12 novembre 2011

Pv 31, 10-13.19-20.30-31 ; Ps 127
1 Th 5, 1-6 ; Mt 25, 14-30

Homélie

Ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres (1 Th 5, 6), ce conseil de St Paul résonne à nos oreilles d’une manière particulière en ces assises chrétiennes de l’écologie, en ce dimanche commençant.

N’oublions pas le contexte, celui de l’attente de la nouvelle venue du Seigneur, Jésus. Les premières communautés pensaient que cette venue viendrait rapidement. St Paul confirme la venue du Seigneur ressuscité, et son urgence. Mais cette urgence défie le temps : il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délais ou de dates (5, 1) ; cette urgence est celle de l’amour qui ne compte pas mais se prépare et sans attendre.

L’évangile ne parle pas de date mais a une allure comptable apparemment peu écologique. Regardons de plus près. Si les talents ont dans la langue française le sens de capacités, de dons reçus, c’est grâce à notre évangile d’aujourd’hui et à l’interprétation qu’en ont fait les Pères de l’Eglise dans les premiers siècles après Jésus Christ. Ceux-ci se sont interrogés sur les trois personnages et sur le sens de ces talents distribués par cinq, par deux puis seul.

St Grégoire, entre autres, a identifié les cinq talents aux cinq sens, la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût ; et les deux talents à l’intelligence et à la volonté (Cf. Cat. Aur. 5514). Autrement dit, St Grégoire reconnaît dans les dons du Seigneur à l’homme, l’humanité elle-même.

Et lorsque l’humanité se reçoit comme don, elle ne peut que se donner elle-même, elle ne peut que fructifier en fruits humains, en fruits d’humanité. Et les 5 talents en produisent 5 ; et les 2 talents 2. Le premier évangile – la Genèse- s’accomplit : Croissez et multipliez-vous, dit Dieu à l’homme. La personne humaine qui se découvre comme un don du Maître bâtit une humanité vraiment humaine.

Reste le troisième homme. Il n’a qu’un talent. St Grégoire l’identifie à la raison seule (Ibid.), à la raison qui se croit autonome. Elle ne produit aucun fruit. L’homme qui n’est pas dans la reconnaissance pour ce qu’il a reçu ne produit pas de fruits humains. L’homme qui se coupe de sa source divine prend peur. La ressemblance est frappante entre Adam pécheur qui se cache et le serviteur qui cache son talent ; tous les deux disent au maître : J’ai eu peur … (Mt 25, 25).

La peur de la diminution des ressources vitales pour l’homme ne peut être la juste motivation de l’écologie. Nous risquerions de nous enfouir nous-mêmes dans la terre, en quelque sorte régresser, rejoindre Adam dans son errance. Le débat sur la croissance ou la décroissance est juste ; le débat sur la sortie ou non du nucléaire est juste ; celui sur la biodiversité aussi. Pour le chrétien ils ne sont pas suffisants, comme l’unique talent qui ne conduit nulle part. L’émerveillement devant la Création, qui mobilise nos cinq sens, est nécessaire.

Il introduit l’élément de gratuité qui conduit au Créateur, qu’il soit nommé ou pas, et à la prière, puis au partage et à la multiplication. L’accueil de la miséricorde du Créateur qui fait confiance est tout aussi nécessaire. Il fait appel à notre intelligence et notre volonté par l’annonce de la vérité et celle du pardon : il ré-ouvre ainsi la perspective divine qui est la seule vraiment durable pour les pécheurs que nous sommes. Le Pape Benoît XVI répète fortement ce que le Concile Vatican II affirmait dans une formule saisissante : La créature sans Créateur s’évanouit (GS 36).

On peut alors comprendre la sentence de Jésus : Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Oui, celui qui a une relation vivante et confiante avec le Maître sera appelé à faire fructifier de nouveaux dons ; Celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a : oui, celui dont les biens sont détachés du Maître, en fait, n’a rien.

Le talent dans la terre disparait, le talent-fut-ce la raison- sans sa relation au ciel pourrit. Pour résoudre des questions aussi grosses que celle de l’eau, des énergies fossiles ou des dettes souveraines, il faut un peu d’organisation internationale et beaucoup d’Assises chrétiennes, je veux dire beaucoup d’hommes et de femmes qui accueillent joyeusement leur vie comme un don inséparable de la terre et du ciel : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel !

Préparons-nous à nous unir, par la célébration de l’Eucharistie, au ciel et à toute la terre, dans l’émerveillement devant l’œuvre du Fils par l’Esprit Saint. Envoyé du Père, Il vient à nouveau sur notre autel dans un peu de pain et un peu de vin, nourriture frugal, pour nous happer dans le sacrifice de sa vie, abondance d’amour.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
+ DOMINIQUE LEBRUN
Evêque de SAINT-ETIENNE.





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Publié le : 14.11.2011 22:28