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galet Adresse de Mgr Dominique Lebrun, lors de la manifestation de soutien à la grande mosquée de Saint-Étienne après les dégradations volontaires commises le 8 février 2010

"Je forme ici le vœu que nous réfléchissions ensemble à la base de notre vie commune avec toutes les composantes de la société".

La Grande Mosquée, située rue des Frères-Muller, en cours de construction, a été souillée de tags racistes et islamophobes la semaine dernière. Des événements qui ont douloureusement frappé la communauté musulmane de Saint-Étienne. Dimanche 14 février, elle avait invité à un rassemblement sur les lieux-mêmes de la profanation réunissant autour des musulmans, des chrétiens, des juifs, des croyants et des non-croyants. Un symbole fort et un moment important pour les musulmans. Une vingtaine de personnes se sont succédé à la tribune pour faire part de leur soutien dont Mgr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Étienne qui soulignait : "Aujourd’hui, ces faits nous rassemblent car nous voulons, membres de communautés religieuses, citoyens, responsables politiques, exprimer sans ambigüité le rejet de tout racisme et de toute discrimination religieuse".

Adresse de Mgr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Étienne lors de la manifestation de soutien à la grande mosquée de Saint-Étienne après les dégradations volontaires commises le 8 février 2010.

Monsieur le Préfet,
Messieurs les députés, M. le premier adjoint représentant le Maire, Mesdames et messieurs les élus,
M. le président du CFCM et M. le président du CRCM,
M. L’imam, M. le Recteur et messieurs les présidents des associations musulmanes du bassin stéphanois.
MM. les responsables des communautés juives et protestantes,
Chers amis de toutes confessions religieuses,

Mesdames, Messieurs,

Dès lundi, alors que j’étais dans un monastère pour me rapprocher de Dieu, le pasteur Marc Schaeffer m’a informé des dégradations lamentables qui ont souillé votre lieu de culte en construction. Sans hésiter, les responsables de toutes les communautés chrétiennes ont dénoncé publiquement ces actes (dans un communiqué) dont la portée dans le cœur des croyants musulmans et dans celui de leur guide est difficilement mesurable.

Aujourd’hui, ces faits nous rassemblent car nous voulons, membres de communautés religieuses, citoyens, responsables politiques, exprimer sans ambigüité le rejet de tout racisme et de toute discrimination religieuse.

Aujourd’hui, il faut dire combien de relations d’amitié existent dans notre ville et dans notre département entre des musulmans, des chrétiens et des juifs, entre les croyants et les non croyants. Je témoigne, M. El Adly, de notre amitié personnelle et de notre souci de servir nos communautés pour qu’elles vivent en harmonie. La présence de pasteurs, de nombreux prêtres et de fidèles de nos communautés est éloquente.

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Photo Claude Essertel - Le Progrès.

Nous voulons croire que les auteurs sont des marginaux. Mais, je dois à la vérité de dire que les sentiments d’amitié ne sont pas partagés par tous et pas seulement par ces marginaux. Des chrétiens ont du mal à comprendre la présence de lieux de culte musulman sur le territoire qu’ils considèrent comme le leur. Cette pensée n’est pas juste et, autant que cela m’est donné comme une grâce de Dieu, je veux en demander pardon. Les musulmans comme les juifs comme les chrétiens ont le droit de pratiquer leur religion dans la paix, ici et partout dans le monde.

Le plus important est pour moi, croyant, de prendre conscience que le cœur de l’homme est compliqué et malade. Jésus interroge : pourquoi ces pensées mauvaises dans vos cœurs ? (Mt 9,4). Est-ce cela que nous avons du mal à voir et à traiter c’est-à-dire soigner le cœur malade et compliqué de l’homme ? Est-ce cela que nous constatons quand, cette semaine, une inscription haineuse du peuple d’Israël était faite sur le mur d’une école ? Est-ce cela que nous constatons quand, il y a quelques semaines, une croix était vandalisée dans le quartier du rond-point ?

Les atteintes aux symboles des religions cachent un rejet de l’amour avec lequel Dieu éduque et corrige ses enfants dont le cœur est partagé. Les religions elles-mêmes accueillent-elles suffisamment cet amour ? Leurs responsables, dont je suis, sont-ils assez vigilants pour rappeler cet amour ?

Quoiqu’il en soit, les chrétiens croient avant tout en la miséricorde de Dieu qui change le cœur de l’homme et pardonne. Ils entrent en carême mercredi prochain. Je vis ce moment comme une préparation au carême. Jésus, avant d’interroger sur nos pensées mauvaises, dit à un paralysé : confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés (Mt 9, 2). Ne sommes-nous pas comme paralysés aujourd’hui ?

En m’adressant maintenant à tous, croyants et non croyants, je forme ici le vœu que nous réfléchissions ensemble à la base de notre vie commune avec toutes les composantes de la société. Elle ne peut se fonder sur le simple respect de l’autre. Elle doit mettre au centre le développement de l’homme à la hauteur des ambitions de Dieu pour lui. Le décalogue – les dix commandements- ne peut-il pas être cette base ?

Je vous remercie, M. le Recteur, Larbi Marchiche, de m’avoir invité à adresser ces quelques mots. Ils sont le signe de notre amitié. Et je vous remercie de votre attention.

+ Dominique Lebrun
Évêque de Saint-Étienne
Dimanche 14 février 2010.





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Publié le : 15.02.2010 10:16 - Mis à jour le : 04.05.2010 20:24